Vétivert

 Vétiver - Guerlain

Vétiver - Guerlain

Vétiver


par Jean-Paul Guerlain

pour Guerlain

 


Le lecteur assidu -et il y en a parmi vous- se demandera sûrement d’où nous vient cette attirance irrationnelle pour les îles. Un traumatisme ? Un phantasme inassouvi ? N’est-ce pas simplement le désir de retrouver la liberté de notre enfance ?

 

Si. C’est bien cela.

 

D’aucuns vivent l’île comme une prison. Il y a de quoi être effrayé en se tenant seul à la pointe d’un maigre piton rocheux balayé par les vents en rafale qui soulèvent l’écume sur des vagues fantastiques. Ils diraient même que d’une île, on ne peut s’échapper. Ce n’est partout que la mer, l’immense mer, la mer amère et sans fin, couleur de fiel ou de vin. Pour celui qui est français, l’île est tantôt Molène ou Sainte Hélène, stérile ou lointaine. Pour nous elle est plutôt havre ou sanctuaire. C’est dans cette solitude que l’homme, confronté aux éléments dans leur expression la plus crue, se rappelle comme il est petit et comme il est bon d’être en vie.

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 Vétiver me dites ? Vétivert plutôt.

On a longtemps glosé sur ce parfum avant de le laisser sombrer dans l’oubli, reléguant le vétiver à nos grands-parents, au fond de nos étagères avant d’observer son retour en grâce. Voici ! On le dépoussière, on lui rend sa brutalité, sa sécheresse, sa sensualité ; on veut gommer cette image propre, aiguë, BCBG qu’on lui a forgée. Le vétiver se réinvente et Guerlain persiste.

 

Il persiste et bien lui en fasse car son vétiver est à bien des égards un des plus beaux, sinon le plus beau, sur le marché. Quelques uns lui font concurrence, mais il est à notre nez indétronâble.

 

Parce qu’il n’a rien de ce bourgeois narquois du VIIe arrondissement qu’on le dit être. Bien au contraire.

 

Vétiver est pour nous Bréhat, ses côtes de grès rose déchiquetées, ses jardins fleuris plantés de palmiers, d’azalées, d’hortensias, de lauriers. Vous souvient-il : l’île nord, à la fin de l’été ? La foule des touristes a fui et l’île est déserte. La lande se dépeuple. Au sommet des falaises, les prairies de bruyère - brunissent. Les fougères, les routes tracées en pleine terre, les moulins et les phares et les pierres et l’eau claire.

 

Te souvient-il de l’été au vert ? De cette pente ascendante derrière les demeures de corsaires ? De ces chapelles écrasées entre ronces et eau de mer. Des quelques cyprès qui plongent dans la vase, des explosions de roche qui s’extirpent d’un tapis de gazon - vert.

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 Vert, vert, vert, Vétiver.

 

Te souvient-il encore du silence qui règne sur les galets brûlants ? De l’odeur de l’embrun mêlée à celle du vent ? De la pierre rouge et de la nacre des coquilles languissant ? Te souvient-il de ces forêts de fougère qui dévoilent sans prévenir la surprise d’une mer agitée, ténébreuse, écrasant ses flots contre des roches déjà rouges du soleil couchant ?

 

Les géraniums en fleur, la fumée des cheminées, la mousse s’accrochant aux pignons et le parfum des taureaux dans le pré.

 

Les orangers en fleur et les violettes le long du chemin qui longe l’île et guide le promeneur vers le bout du rocher, de la lande et du monde.

 Te souvient-il du soleil et des rires en cherchant des huîtres entre les galets ? De la hâte à traverser le bras de sable bientôt immergé par la marée - montante.

 

Rien ne te le rappelle ? Le souvenir, de ta mémoire, s’efface ?

 

Vert, vert, vert, Vétiver.

 

Il s’ouvre sur une orange fraîche et l’amertume d’une bergamote mais déjà et pour longtemps, le vétiver reste présent. Il est frais, il est chaud, il est sensuel. Il s’efface le soir dans vos draps. Comme un souvenir qui s’accroche à vous, que vous avez dans la peau.

 

Sur nous, passent les agrumes pour dévoiler un parfait accord de vétiver et de tonka. Le premier est sec, ronde la seconde ; le vétiver est léger, la deuxième se fait lourde ; l’un est fumé et l’autre gourmand. Mais jamais il ne se défait de ce qu’il est : il reste vétiver. Il est vétivîle : on sent les volutes de tabac sec qui s’échappent d’une fenêtre entrouverte. Et le poivre noir dont le piquant rappelle l’embrun salé qui traverse la steppe asséchée.

 

Sa tenue : remarquable, son évolution linéaire mais il accomplit son œuvre avec noblesse et sans malice.

 

C’est le parfum d’un être intègre certes, car sa rondeur et sa bonté tourneraient aigres sur un être mal-aimant. C’est surtout le parfum d’une liberté apaisée, de la fin d’une étape, d’une épopée. Le parfum du repos, d’une vie bien vécue. D’une vie portée.

 

Par un souffle.

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Un embrun.

 

Le parfum d’un horizon - lointain. D’une côté qui se dessine, se déchire et s’embrase au point du jour.

 

Vert, vert, vert.

 

Vétiver.


Vétiver - Guerlain

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